Céphalée Cosy

L'Entente

Robes rouges.

Prunes, pêches et abricots que lient copieusement les arts et la nature, la réalité perceptible, le poétique divin que nous représentons à coups de pinceaux, à-coups de pinces aux sonorités devenues mélodieuses, c’est aujourd’hui avec ma plume, sans pinces ni pinceaux que je détaille une réalité nouvelle faite de robes rouges et de cœurs sombres protégé par un  corps fermé de nuit que je tente de disséquer avec émotion et des mots qui reflètent la réalité anamorphosée perçue dans la lame miroitante du chirurgien comme l’on perçoit ce crâne oblique sur le dos d’une cuillère, celle oubliée dans son sommeil, dans l’onirisme qui ne devient que ruines au réveil lors d’une pandiculation libératrice d’un état d’amorphose légère et belle, une réalité déformée que j’embellis par mes technasmes d’un subversif peureux.

Au terme de danses où se frôlent robes rouges et manteaux d’ébène, il ne reste finalement que celui qui bourdonne, celui qui s’était moqué dans un simulacre d’ocre aux frivolités frisées, cet apoïde zébré aux teintes dorées, le domestiqué qui renifle la farine, medicamento papaver rhoeas, qui hume de son nez large les effluves fragrantes et vaporeuses de ces pétales pourpres; le voilà charmé. C’est une altération profonde du psychisme, un instant de césure ou l’entendement n’est que susurrations folles d’un esprit égaré, l’écho dissonant de lémures expectatifs.

Rassurez-vous, dans ma besogne, celle qui me rapproche de ces danseuses dévergondées, je butine jésuitiquement, pollen comme Pervitine, j’exultais seulement sans raison. Aujourd’hui, à jamais changé, toxicomane malgré-moi, je pique en vile tique chaque chienne imprudente puis enfin dégoûté de son sang, je pince timidement le coquelicot dans des réminiscences obscures et synesthésiques.

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Diptyque souverain

Que l’on pigmente le céleste d’albâtre dans la vacuité de l’obsidienne, voilà une carte de toutes potentialités, à chaque lumière l’espérance d’une voie, d’un retour à la prédisposition, contre le fatum ; le marin dans l’infatuation presque pyrexique perd toute mnésie de sa substance : c’est un homme qui se noie en mer, perd son souffle lorsqu’il baigne parmi les distorsions ondulées d’émissions lointaines de corps brillants dans l’aqueux qu’il caresse de sa barque. Jamais pense-t-il avoir perdu son chemin pour peu que ces yeux soient levés vers le champs des mondes possibles, là-haut.

Et lorsque le ciel gronde, qu’il brise l’air et le fait claquer dans des lignes spastiques, lorsque la Lune couronne dans sa cape nébuleuse et que la mer, jalouse, tente d’en subtiliser le tissu, les bras tendus dans une courbe presque verticale, le marin n’y voit que dangers impétueux, l’ultime épreuve avant la réconciliation, celle de la Vie et de la Mort. Peut-être lui aussi envie la beauté de l’au-delà, la profonde inspiration et grandeur de la voûte tachetée.

Mais aujourd’hui, d’une fine élégie, je mets en garde ce marin. Des eaux il doit se faire soupçonneux et de la terre il doit se faire admiratif car elle seule possède la vertu astronomique. L’espace est aussi vaste et profond que les larges étendues d’azur or l’on a placé la Mort là-haut et la Vie ici-bas mais a-t-on déjà survécu à l’obscurité des profondeurs marines, a-t-on survécu à la défiance de la mer qui se fait ciel terrestre en temps nocturne lorsque celle-ci se convulsait violemment pour arracher le ciel lors de pérégrinations équestres éoliennes ?

Pour ce marin, il existe un phare, là où l’écume s’écrase contre les affairements graniteux qu’elle ronge .. l’érosion, la fièvre du littoral. L’homme est terrestre, bassement terre, ce phare est la lumière, la potentialité proche d’une vie qui doit être la sienne. D’une profonde impulsion il s’est fait vagabond parmi les eaux, il espérait être Ulysse et ne jamais pouvoir retourner sur son trône ionien, mais les houlements se font ferments de sa tragédie, celle de l’éternel retour parmi les hommes, chez soi.

Ce voyage était la culture d’une grandeur profonde qui ne s’exclamait plus, ce marin insoucieux qui négligeait tant de pouvoir-faire et pouvoir-être au point d’être, une chose stable dans l’agitation des océans, l’inchangé dans toute cette mouvance. Mais si la fertilité d’une plante dépend de l’eau qu’on lui apporte, et il y a en avait beaucoup là où il était, il lui faut les nutriments d’une terre fournie… Ainsi, du premier au dernier croissant lunaire, il naviguât dans l’impossible espoir de trouver une réponse, mais lorsque l’Orbe elle aussi retourna à la terre, à son intuition il fit mille gratifications et se laissa porter vers les côtes.

Le regard incandescent de la tour magnanime, enfin, l’étape ultime des tribulations d’un homme nauséeux, l’esprit malade dans un corps creusé par le manque, c’est le regain, la splendeur, l’immonde magnifié. Ce phare donne consistance, il est charbon des fourneaux infernaux, l’espérance de l’inatteignable, du meilleur. A chacun de nous il est permis d’errer, parfois dans l’entêtement des chants éthérés de sirènes au vice caché, mais au terme de titubations longues parmi les sentiers invisibles et pourtant nombreux se trouve la visibilité lumineuse et libre, la réelle stabilité et l’immanente puissance en chacun de nous, la roche cagneuse qui supporte l’édifice de notre beauté, l’inégalable flambeau.

Coquelicorvus corax.

L’âme malade et le corps mourant, plumes perdues, c’est à peine si avec son bec affaibli par l’usure du temps et la résistance des structures osseuses de charognes pourrissantes il becte. Un regard porté sur cette transcendance céleste et voilà que la nébulosité des airs cachent étoiles et Lune. Mais son regard expérimenté perce et voilà que la dévoilée Lune brille, pleine comme le Soleil et blanche comme les terres dont Il est originaire.

Sa charogne, voilà qu’il n’en veut plus, c’est la fuite qu’il désire désormais car la menace le guète au-delà des frontières du réel. L’expectation du bien et du sensible n’en sera que plus illusoire, il n’y a que la besogne pour l’âme malade qui le guérit comme l’antalgique tord l’esprit pour le soulager. N’est-il point mnésie plus souffrante que celle vagabondant entre orgueil, réflexion puis nostalgie ? Lui le savait mais se refusait à une telle vérité. Il était aliéné de par sa propre volonté, de par sa multiplicité et par sa profonde conscience qui crache sa bile et son émétisme tout particulier et malsain, celle de la jeunesse.

Rêver n’en était capable l’éphèbe corbeau qu’en de drôles d’occasions où l’esprit se fait miroir de lui même et où la mise en abîme n’est que le corollaire de l’insanité, de la folie furieuse de l’un qui se veut malgré lui vox populi.  Entre deux séquences d’intensité douce mais de sensibilité rare, voilà qu’un autre animal à plumes noires et violettes se pointe, la tige du coquelicot pincée dans son bec noir, yeux mi-cachés par une plume supérieure trop large et inclinée. Qu’est-ce donc cette sorcellerie que l’on décelât et contre laquelle on ne pût se battre ? Par delà le réel, cette mnésie des plus rongées se joue du corbeau et le voilà à interagir avec de vieux fantômes. Se battre ne pouvait le corbeau, ni même s’agiter, pas même le spin le plus ardent ne le séparerait de ce qu’il éprouvait et vivait ! Alors aveu il fit dans l’onirisme de son expérience.

En voici les quelques bribes décelables par sa volonté-propre. « J’ai rêvé cette nuit. J’ai rêvé d’un homme sombre qui n’a de volonté que vicissitudes obscures de l’agitation d’un pantin manié par un artiste maladroit et parfois malveillant. Enfin avait-il la possibilité -que le Destin lui-même lui avait offert- de faire mourir son âme malade et d’édifier au plus haut sa puissance et sa beauté jusque là non révélée ! Mais hélas, de son heur il en fit ce que les plus sinistres augures prédirent: l’éternelle fuite, la plus lâche parce qu’en face de son prétendu ennemi, il se dérobe et se sauve. Il croit se sauver du néant mais en rejoint un autre presqu’immédiatement ! Placé devant ce passé, ce présent et déjà cet échec, jamais il ne renvoya l’énergie qui lui était transmise. C’est un béance d’énergie nulle et de consistance mystérieuse. Je … »

La force de la révélation l’écrase et suffocant de par sa propre médiocrité, il appelle au secours, il appelle d’autres charognards à le ronger mais il est de son fardeau que de supporter le poids du lourd rocher de l’opprobre sur son dos, dans la solitude la plus morbide.

VOMIS TA HAINE ET TA HONTE JEUNE ÉPHÈBE, VAS-Y. ARRACHE CE MASQUE, CE N’EST POINT L’ÉPIDERME ET L’ÂME QUE TU AS TANT VOULUS, C’EST CELUI QUE TA TOUTE FATALITÉ T’A DÉSIGNÉ ET ACCEPTER TU N’AURAIS DÛ CAR JAMAIS TU N’AS ÉTÉ ENFANTÉ PAR CETTE FATALITÉ MAIS TOUJOURS MATERNÉ PAR CELLE-CI TU AS DÉSIRÉ. MONSTRE.

A toi qui aime.

Je t’ai vu, je l’ai vu, mais de la mascarade -la vôtre !- je n’y ai cru que la seule manifestation de la vérité: il n’est de plus artificiel que ce que vous entretenez. Je t’ai senti vivre, je t’ai senti renouveler cette expérience de la vie, comme si elle crachait son air oxygéné et que tu l’inhalais à ton tour pour souffler énergiquement la fureur ignée. Je t’ai vu survivre à l’amour, le vrai, le véritable.

A toi qui respire la vie, je te le dis ; quand la routine est sécuritaire, quand l’immense répétition du mensonge et de l’oisiveté face aux réelles expériences de la vie te rendent heureux, c’est que tu as perdu goût, c’est que tu as perdu la vue et toute sensibilité. Jamais tu n’as eu besoin de ta routine: toi qui n’eut besoin que d’une synergie le temps d’un soir pour animer ce corps trop plein de vie, il n’existe dans la routine que l’usure et le mensonge ; amoureux par mécanisme fallacieux, tu n’as plus goûté à une seule vérité et aveugle, tu as cru voir et pire encore, tu as cru savoir. Mais j’ai su en vous voyant, j’ai su que ces deux corps s’unissaient dans un désir de cyclicité moribond, dans un désir de sécurité et dans un rejet du néant.

A ceux qui ont peur de ce néant, je ne peux que les inciter à tâter la vérité: l’amour est néant, c’est se jeter dans ce qui n’est pas, c’est croire en une chose qui n’a jamais été bassement perceptible. Vous deux, vous désirez mais vous ne vous désirez pas. L’autre est une image, un être symbolique rempli d’un sens qu’il n’a pas. L’un n’est pas l’objet de votre amour, il est seulement la projection de vos peurs les plus intimes qui là s’avèrent être entre autres la solitude et le mal existentiel. Sortez de tout cela, recherchez ce qui vous revient de droit.

Accomplissez dans la solitude, accomplissez à partir de vous-mêmes et devenez celui que vous aimiez autrefois. Jamais plus vous vous convulserez dans un effroi de la vie ; jamais plus vous ne convoiterez les autres car en vous se trouvent les germes des expériences les plus édifiantes. Demain, seuls à nouveau, vous vivrez dans le regret. Le regret de la routine, le regret de la presque complétude, le regret de l’extériorisation de vos peurs puis, dans une lucidité retrouvée, le regret des expériences manquées, c’est-à-dire des occasions dans lesquelles vous auriez pu briller sans une morale de l’amour et sans le devoir envers l’autre.

A jamais vous vivrez dans le regret, mais le regret post-expérimental est bénéfique car vous retrouvez sens à la vie. Le regret qui suit directement la séparation est mauvais et il faut s’en débarrasser le plus rapidement. Vous êtes encore dans l’aveuglement et pire encore, la moitié qui presque vous complétait autrefois vous a pourri de l’intérieur car jamais plus vu ne verrez les hommes et les femmes comme tels mais comme des éléments en comparaison à celui que vous pensiez aimer. Dévastés par un jugement encore faux, vous tenterez de vous retrouver ; ceux qui convenaient mille fois mieux se sont vus supprimés par votre cécité. Vous vous faîtes tellement de mal ensemble et personne n’a jamais vu ce mal en tant que tel mais comme un mal salutaire voire même un bien rassurant. Vous vous êtes éloignés de la vie, perdus dans le néant et le chaos de vos sentiments.

Potentiel de rupture et sublimation post-mortem.

Jeune homme, approche-toi. En cette jungle, tu as vu de nombreux fruits auxquels tu as goûtés, de nombreuses plantes et de nombreuses nuances chromatiques au cours de la journée, puis pris par la fatigue tu remontes vers la montagne où tu gis ; tu vois les merveilleux paysages de cette île, la mer avaler le Soleil et cracher la Lune ; tu sens milles parfums qui émanent de ces lieux et je t’ai vu frissonner alors que tes doigts encore tremblants frôlaient les fourrures de ces animaux et la douceur de l’herbe des collines au-delà des montagnes ; il n’est nul musique que tu aies plus apprécié que celle offerte par les oiseaux chantant et la végétation branlante au gré du vent ; il n’est nulle femme que tu aies plus aimé que la Nature elle-même.

Mais en chaque chose se cache l’insaisissable et trahi par tes sens, tu as oublié que tu ne regardes que l’artificiel si ce n’est le néant. Parce que je t’ai senti perdre goût, j’ai senti la fadeur dans ta bouche, j’ai senti l’ennui alors que l’on te soufflait mélodies et harmonies du monde, j’ai senti le regard vide porté vers les plus belles graphies. Jamais le Paradis n’a été plus insipide sous tes yeux et en cela, tu t’es montré particulièrement lucide et éclairé que ce pauvre Dieu qui a conçu ce bas-monde. De tous les mondes, il n’est pas le meilleur, il n’est que chaos, une survivance incompréhensible de ce qui devait s’effondrer alors qu’il se construisait. Tu as vu tout le monde suinter de l’absurde, tu as questionné et tu n’as jamais reçu. Tu as manipulé des formes sans jamais les avoir discernée. Le monde est artifice parce qu’il a mal été conçu. A ceux qui voient, il en est peu qui survivent et beaucoup fuient.

Je t’ai vu renier le Soleil, je t’ai vu te cacher du Jour, je t’ai vu cracher sur les merveilleuses pièces du monde, je t’ai vu perdre ta sensibilité au monde, je t’ai vu briller dans les ténèbres, je t’ai vu tourmenter les âmes du Jour et tirer les corps diurnes dans l’obscurité de ta caverne ;  j’ai senti l’humanité se transformer en toi, j’ai vu tes représentations encore naïves de la Virtualité, t’échapper de l’espace-temps, j’ai senti l’espoir et le désir brûler en toi avant de disparaître à jamais, j’ai senti le renouveau et le dépassement. L’énergie rayonnent de l’Astre là-haut réveille et anime toute chose en ce bas-monde. Mais je te sens loin de ce monde, je te sens terriblement perdu parmi les hommes, je sens cette faiblesse en toi et je suis là pour te guider.

Je suis ton Diable et ta raison d’être, profondément en toi, agrippé aux restes puants de tes viscères. Comme un charognard parasitaire, un long ver contorsionniste, je parcours tes entrailles et provoque mille maux. Mes spasmes sont les tiens, les tortures que sont mes soliloques sonnent comme les plus belles symphonies. Cette angoisse de la Vie, vois-tu, n’est que la réponse de ce futur vide de sens, vide de substance. Tu n’as vu que le passé et pensé avoir vécu le présent. Ainsi sera ta vie, ainsi est la Vie: elle n’évolue qu’au gré de tes tribulations puis s’arrête dans ton repos. Il n’y a que toi ici, les autres ne sont que prédispositions et fatalité.

Ecoute-moi bien, éphèbe. Demain sera la rupture. Ce jour futur à l’infini potentiel met fin au fardeau de la vie. Ton épitaphe, nul n’en gravera ; pas même les accointances les plus intenses défieront ma parole. Ta mort sera seule et silencieuse, ta transition immédiate. A ceux qui ont vu, ils te reconnaitront dans la mort ;  à ceux qui ont cru voir, ils y verront ton cadavre et ceux-là ne te nommeront pas. Ils te désigneront du doigt comme une vulgaire chose. Éloigne-toi d’eux, brille parmi les tiens.

Amen.

D’ailleurs, je chie des cailloux.

Dans un système de potentiel dont la valeur tend vers l’infini, je suis un ami autrefois amant en vouloir puis amant en devenir. De ce système, je n’en garde que la base du présent moment afin de ne dévoiler que l’essentielle pensée que fût la mienne alors que je souffrais dans l’obscurité, parfois même accompagné par les harmonies des compositions musicales ; il s’agit d’une révélation probante d’un rôle qui me fût désigné par le destin lui-même et contre lequel je ne peux tordre Sa volonté.

Je suis plus qu’un solide, plus qu’une statut de cire aux nuances d’ébène ; en effet j’ai pensé et je me suis représenté le caillou qui accouche de l’Homme, une maïeutique sacrée et parfois impénétrable par ces géomètres empotés. A ce solide que je suis, ajoutez-y une volonté propre ; maniez ce solide en présence de cette nouvelle qualité et voilà qu’il vous paraît flou, flottant et mou en composition. Vous essayez de lui donner consistance, d’y soustraire votre volonté et votre capacité de représentation mais hélas quelque chose vous échappe et cette figure branlante n’est jamais réellement satisfaisante. De cette frustration naît conjectures et maux nombreux, c’est l’élégiaque sous couvert d’un positivisme très intime auquel j’ai le droit à l’expérience.

Mais avançons un peu plus tant ma prose n’affecte seulement que moi. Voilà que ma volonté me dicte le retrait et la méditation .. Quelle hostilité qu’est cette distance me direz-vous ! Vous regardez vers le ciel et pensez m’y voir ..! Mais le ciel ne reflète rien de plus que la nébulosité et la multiplicité de ma pensée. Je ne m’y trouve pas, je suis là sur le sol et parfois dessous. Cette distance, vous la découvrez en regardant autour de vous, à travers les montagnes, les jungles et parfois les plaines. Souvenez-vous où je suis et souvenez-vous que je vous suis du regard comme vous plissez les yeux pour me voir à travers ces natures qui nous séparent. Écartez de vos petits bras les longues pousses des champs fertiles et je serai derrière, bras tendus vers l’avant prêt à vous accueillir. Peut-être moi-même prendrai-je l’initiative d’avancer vers vous et de vous glisser mille susurrations avant que mes lèvres et ma langue s’assèchent furieusement.

Encore égaré suis-je. Le beau ne suis-je ni même représente-je de quelconque manière. Hideux je ne suis pas néanmoins, nous brillons tous à travers la flamme qui nous anime. Elle est encore substance de nos vies et de nos désirs. Par ailleurs, amour ne suis-je ni même j’offre. Sympathie j’inspire et j’offre à ceux qui veulent bien en porter le fardeau ; en cela je serai toujours ami mais non amant. Tu en as goûté le volupté miel éphèbe et tu l’as senti plus sucré qu’il ne l’est en réalité. Maudis cent fois tes sens et goûte la terre pour te remémorer les réalités qui te définissent. T’aider je peux de par ma sympathie, t’aider je ne suis que capable hélas .. mais jamais nous ne partagerons le même cercueil. Alors à toi je te le dis : ami aimant n’est pas amant.

QUANTUM D/// VOLONTÉ

Soirée de pleine Lune, signe de rupture. Frappé, maltraité par sa propre conscience et ses dispositions à servir cette fatalité qui est sienne. Lourd est le fardeau, le non-désir et le désespoir, survivance de systèmes pour encadrer l’ineffable. Indicible était cette peine, l’ardeur toute puissante de l’opprobre brûlait chaque parcelle encéphaléenne ; c’est briller malgré soi, illuminer l’obscurité d’une noirceur plus intense ; une béance vertigineuse dans laquelle une chute n’est plus ressentie comme telle, c’est davantage un vol d’oiseau dans sa perception.

Il ne peut toucher le fond, ni même écarter les bras, les battre et espérer voler. Sa seule issue, c’est le spin, pivoter et confondre les frontières et en faire une masse irréductible devenue ridicule dans sa manifestation floue. Jamais ne le quitteront mais sans peine il évoluera à travers elles ; à ceux qui y voient des murs briques indestructibles et infranchissables, je les invite donc à penser au quantum de volonté qui supraluminique perce ; il initie le mouvement de conscience. Prenez-en de la graine, l’impossible tas n’est que tachyons amassés au fil du temps.

Degré d’aperture.

Il est de cette cyclicité de la vie cette redécouverte toujours plus évidente puis édifiante de l’immanente beauté du monde, du moment présent; alors que dans ce qui aurait pu sembler une redondance existentielle existe une lumière, une clarté nouvelle, ce que j’ai toujours imaginé comme un brouillard dans lequel nous plongeons la tête pour découvrir l’irréductible atome grandiose du manifesté désespoir, ce fog vaporeux qui surplombe les terres nuancées grises et les océans laiteux engagés. Ce n’est pas un nuage transcendant, celui que l’on regarde ébloui par le Soleil, l’inatteignable tâche protéiforme; c’est celui qui est bassement terrestre, celui qui offre mille possibilités, dans un espoir non consommé. Why not ? Je la sens la vie, je sens cette angoisse, mais je l’aime.

Réductibilité du monde à ma seule pensée, le phénomène est magnifié au plus haut point; j’apprends ce qu’autrefois je n’avais pas même su penser, j’intellectualise ce qu’autre fois j’ai cru noumène, j’ai peut-être touché à la chose en soi de jadis dans mon arrogance nouvelle. Ce cheminement ne s’est jamais fait seul, et aujourd’hui, c’est à moitié que j’écris, à singulièrement effleurer l’unité – elle, toute fraîche qui, je le crois encore, est presqu’indicible – un erlebnis  trop prématuré, cet hapax existentiel expériencé à tâtons !

Qu’ais-je donc vu, qu’ais-je donc ressenti ? C’est la vie je crois, c’est le combat, la révolte, c’est l’insurgé au plus profond qui remonte; c’est une caresse et une fragrance puis, d’un coup de hache deux eaux, des maux, mots de démons; jamais plus mon regard sera tourné vers le ciel mais vers les enfers, la bassesse terrestre la plus aboutie. Amen.

Une drôle d’ordure.

Falling Apart – Tim Noble & Sue Webster

Ordures ocres, bouteilles tordues et trouées, reliquats d’un consumérisme assumé, en fractions pyramidales exposent à la lumière de l’indifférence le prisme de la constance du velléitaire dans sa subsistance merdique, ce petit homme au cul aplati, chevelure sombre qui cache l’extrême indigence du produit céphaléen, il est ce qu’il rejette, il est la propre merde qu’il produit. Nous lui donnerons un visage.

Projetons maintenant sur cette charogne émétique de plastique et de métaux difformes une onde, une onde lumineuse, visons par notre rétine les somptueuses subtilités qui se cachent derrière un regard, une apparence commune. Voyez. S’en dégagent de drôles de formes, des excroissances dessinées par un esthète maladroit.

Pourtant, dans un exercice sémiotique, nous pourrions y déceler délices et controverses nombreuses.  Des yeux aux airs de fenêtres, comme si nous pouvions nous sustenter de la divine perfection cosmique;  un lobe frontal, zone réservée à la parole, au langage, à la logique, au jugement et à la prise de décision, complètement détruit sous les airs niais du jouisseur. Nous voyons deux visages. Le troisième lui est plus loin, c’est la petite main au centre. C’est ce qu’il aurait dû être mais surtout ce qu’il peut devenir. Extirpons ce corps à peine révélé par ce petit appendice et sublimons l’hideux.

Col noir

Trois bonds, je piétine les coquelicots avec allégresse. Je meurs.
Les robes rouges se froissent, les danseuses se contorsionnent;
Le colosse s’écroule.

Impotentiae

Bouches empourprées et lèvres ondulées,
Grandes et petites collines voilées,
Mots susurrés et mains qui glissent,
Vains deviennent les artifices,
Par influence sur le flux sanguin,
Pour étirer mon engin.

Je suis le bretteur devenu faiblard
Maniant mollement son braquemart,
Le pourfendeur à l’estocade nulle.
Oscillant plus qu’un pendule
Dans la fuite honteuse qui suit la panne;
Fleur qui éternellement se fane.

Existe-il un mal pire encore
Qu’un phallus passé pour mort ?
Un nez large entouré d’œils globuleux
Qui ne renifle ni n’observe l’intimité
D’une femme déshabillée:
C’est la mort de Dieu.

***

Par cela, il m’est seulement permis
D’espérer que le bâton ait enfin durcit
Au terme de faits érotiques;
Que le frottement doux sur les boules
Soit devenu bifles dures et extatiques
Sur les joues de femmes saoules.

***

J’ai aujourd’hui renoncé aux femmes
Dans mon impuissance totale.
Comme un oiseau enfermé dans sa cage,
Vieille momie décomposée dans son sarcophage,
Mon pénis pourrit, il est l’opprobre d’un malheureux
Qui une fois de plus expérience l’humour de Dieu.